Simply Clever - We love cycling - Philippe Gilbert le battant !

Philippe Gilbert le battant !

22/06/2021

Vous souvenez-vous de vos premiers tours de roues ? Comme la majorité des enfants, en tout cas ceux qui ont la chance d’habiter à la campagne, j’ai pu rouler autour de la maison, avec les amis. Cela a commencé comme ça, pour le plaisir. Par la suite, on s’aperçoit que c’est aussi l’un des plus beaux moyens de locomotion, de découvrir son propre village et ceux d’à côté, la province, la région, le pays… J’ai découvert énormément de paysages grâce au vélo.


C’est une passion familiale chez vous..

Beaucoup de membres de ma famille aiment le cyclisme. Nous sommes originaires de Remouchamps, avec la fameuse côte de la Redoute où passent énormément de courses cyclistes. C’est bien sûr le parcours de Liège-Bastogne-Liège, mais durant la saison, une cinquantaine d’organisations passent par la Redoute. Donc, le cyclisme, on connaît. Devant la maison, on voyait chaque année quelques centaines de milliers de cyclistes passer. Donc, oui, cela a toujours fait partie de notre vie.

C’est la Redoute qui vous a motivé ?

J’ai toujours aimé les courses à vélo. Mon frère a fait de la compétition. J’allais le voir et puis, un jour, je me suis dit qu’il fallait essayer à mon tour. Comme c’est souvent le cas dans les familles, on s’inspire un peu de ce qui se passe près de soi. Je me suis mis à la compétition, catégorie débutant, à l’âge de 15 ans, avec certains succès. J’ai commencé à gagner très rapidement : gagner, c’est amusant, donc je m’amusais bien. C’est devenu plus sérieux quand j’ai réalisé que partout où j’allais, quel que soit le pays, je gagnais. Gagner autour de chez soi n’a rien d’exceptionnel. Au niveau national, non plus. Mais quand on gagne partout, on se dit que ça devient quand même un peu plus intéressant. Quand j’ai vu que j’étais dans les meilleurs mondiaux, je me suis dit qu’il y avait peut-être moyen de faire quelque chose. Donc j’ai commencé à être un peu plus sérieux, et je suis rapidement passé professionnel.

Quand vous aviez dix ou douze ans, quelles étaient les stars du vélo ?

J’aimais les coureurs qui attaquaient. À cette époque, il se passait beaucoup de choses, il y avait beaucoup de spectacle. C’était la génération des Museeuw, Bettini, Bogaert, Bartoli, tous ces coureurs de classiques qui n’avaient pas froid aux yeux. Avec eux, on ne s’ennuyait jamais à regarder une course à vélo, et souvent, l’attaque partait de très loin. Museeuw a gagné Paris-Roubaix en se détachant à plus de septante kilomètres. Oui, c’était beau à voir.

Attaquer, c’est un peu votre genre...

Oui, moi j’ai toujours attaqué, c’est ma marque de fabrique depuis le début,

...et pas toujours dans les cinq derniers kilomètres non plus…

Être très offensif m’a coûté beaucoup de victoires dans la catégorie jeunes, un peu trop parfois, et cela m’a joué des tours, mais j’ai toujours aimé attaquer.

Le vélo est une forme de liberté ?

Tout à fait. C’est peut-être aussi pour cela qu’on voit que de plus en plus de monde fait du vélo. On découvre plus facilement des paysages. À pied, marcher vingt kilomètres, c’est déjà une bonne sortie, tandis qu’à vélo, c’est une petite sortie. En moyenne, on a vite fait soixante, quatre-vingt kilomètres, et sur une telle distance, on voit énormément de choses. On est libre, on passe partout, sur des sentiers, des pistes cyclables qu’on trouve de plus en plus le long des rivières ou à la place d’anciennes voies ferrées. On traverse les forêts, des endroits où on ne serait jamais allé. Donc moi, je trouve que c’est un moyen de découverte très intéressant.

Vous avez 19 ans de carrière. Qu’est-ce qui a évolué le plus durant cette période ?

Le monde a évolué en général, le cyclisme aussi. Comme dans les voitures, les motos ou les ordinateurs, on a beaucoup plus d’assistance grâce aux GPS, aux capteurs de puissance, etc. De nombreux sites permettent de garder des traces des parcours, de regarder après coup par où on est passé et ainsi repérer les lieux sympas, comment y retourner…

Et le matériel ?

Les vélos sont devenus beaucoup plus efficaces. Les vêtements, l’aérodynamisme, les positions sur le vélo, tout a évolué. Cela fait une quinzaine d’années que l’on passe en soufflerie pour étudier l’aérodynamisme. Avant, cela représentait un budget important, plus ou moins dix mille euros de l’heure. Maintenant c’est beaucoup plus abordable, donc tout le monde le fait, même plusieurs fois par an.

Tout s’est perfectionné, en fait.

Les entraînements, le suivi, tout ça est à l’extrême. La diététique aussi. Il y a des codes couleur sur les emballages d’aliments maintenant. Même quelqu’un qui ne sait pas lire est capable de se nourrir plus ou moins bien. Cela sert à tout le monde, pas seulement aux sportifs.

Le rythme des courses a aussi changé, il s’est réduit.

Oui, maintenant, il y a beaucoup plus de stages, de reconnaissances, etc., donc on court moins. Actuellement cela représente environ 75 jours maximum par an. Auparavant, il n’y avait pas de limite. Un Merckx faisait entre 150 et 180 jours de compétition par an. Ma génération, on était souvent entre 90 et 100, ce qui est encore beaucoup. Maintenant, ça a diminué, pour une moyenne d’une soixantaine de jours de course pour les professionnels.

Par contre, l’effort s’est intensifié.

Non, ça ne roule pas plus vite, mais un plus grand nombre de coureurs sont capables de rouler vite, c’est ça la différence. Cela s’explique par l’évolution des équipes, du matériel, du suivi… Toutes les équipes sont maintenant en mesure de travailler professionnellement, alors qu’avant, certaines avaient de grandes lacunes. Aujourd’hui, l’équipe la moins bonne ou la moins bien organisée fait mieux que la meilleure d’il y a quinze ans.

Chez Lotto Soudal, vous avez retrouvé John Lelangue, avec qui vous étiez chez BMC il y a une petite dizaine d’années. Ce n’est pas par hasard ?

Le cyclisme professionnel est un petit monde, donc on se croise toujours… Après, ce qui m’a surtout séduit, c’est l’attrait de trois ans de contrat et d’un beau projet. Et puis le retour dans une équipe belge.

Vous en avez connu plusieurs, qu’est-ce qu’un bon manager ?

C’est le manager d’une équipe qui gagne beaucoup de courses. S’il est bon, son équipe gagne, il n’y a pas de secret… Les bons managers ont des bonnes équipes, qui fonctionnent. Avec du bon ou du moins bon matériel, elles gagnent toujours.

Comment se construit l’esprit d’équipe ?

Cela commence au recrutement. Il faut signer avec des personnes qui sont capables d’évoluer ensemble, ce qui implique de connaître les caractères. Mettre un mou avec un énervé, ça ne va pas aller, il faut donc assembler deux tempéraments semblables. La réussite des bons managers tient au fait qu’ils vont chercher des personnes à la fois compatibles et, surtout, compétentes.

Manager, est-ce un métier pour vous après la fin de votre carrière de coureur ?

Une carrière de vingt ans comme professionnel, cela représente une vie engagée à cent pour cent dans ce sens. Les jours fériés, les week-end, les vacances, je les passe en compétition et, le reste du temps, je m’entraîne. Au contraire d’une personne qui travaille et a ses congés normaux, nous on est tout le temps à fond dans notre activité. Ce n’est pas que ça compte double, mais je pense que mes vingt ans comme coureur cycliste professionnel équivalent à une trentaine d’années dans un autre métier, mentalement en tout cas. Ça use ! Donc je ne sais pas si j’enchaînerais directement sur un rythme aussi effréné, parce que c’est compliqué à gérer.

Vous avez lancé un magasin de vélos à Monaco. Quelle est la Philippe Gilbert Touch ?

J’aime les choses carrées, donc le magasin est très beau, très propre, très bien agencé. Il est primordial que les gens se sentent bien quand ils y rentrent. Qu’ils passent pour acheter une casquette à dix euros ou un vélo à dix mille euros, je sais qu’ils auront passé un bon moment, et garderont une bonne image. Pour moi, c’est important. Ce magasin est aussi une carte de visite. Énormément de touristes viennent à Monaco, parmi lesquels de nombreux fans de cyclisme qui font le détour juste pour voir le magasin. Même s’ils n’achètent rien, ils viennent faire la photo parce que j’y ai exposé mon maillot de Champion du Monde ou celui de Champion de Belgique. Je suis souvent tagué sur les réseaux sociaux avec des gens qui viennent faire une photo pendant les vacances. Rien que ça, c’est sympa aussi. Moi-même j’y viens de temps en temps, je rencontre des fans de vélo. C’est un lieu d’échanges entre passionnés. Un beau canapé est toujours à disposition de celui qui veut venir s’asseoir et passer un peu de temps… Et on offre le café !

C’est la Philippe Gilbert Touch... Vous vivez toujours à Monaco ?

J’aime beaucoup Monaco parce que c’est une ville très active, où énormément d’événements sont organisés. On a assisté au Grand-Prix de Formule 1, l’un des rares à être organisé en ville. Le Yacht Show est l’un des plus grands événements du monde, avec les plus grands yachts. Tous les émirs y viennent…

Ah il y a du folklore, ça n’en manque pas…

De façon surprenante, il se passe tellement de choses qu’on ne peut pas tout savoir, pas tout voir. On apprend parfois le lendemain, dans le journal, qu’il y avait un événement cinéma, des présentations avec des stars mondiales…. Finalement, ça passe inaperçu, parce qu’il se passe tout le temps quelque chose… Parfois, un événement énorme a eu lieu à cinq cents mètres de chez moi, et je n’étais même pas au courant. Je me rappelle, quand j’habitais la région de Remouchamps, le Grand Feu, on en parlait pendant deux mois !

Et la vie normale ?

Malgré tout ce qui s’y passe, on vit notre vie normale. Oui, il y a une pression, mais comme dans toute ville je pense. Après, c’est fabuleux. La personne qui vit à Monaco, qui a du temps et qui s’intéresse à beaucoup de choses, peut voir des expositions phénoménales.

Vous n’êtes pas le seul sportif belge à Monaco, Thierry Boutsen, Jacky Ickx, Thierry Neuville, Nicolas Colsaerts, Stoffel Vandoorne...

Oui, on se connaît très bien. Je fais partie de l’Amitié royale des Belges de Monaco. On se rencontre à l’occasion de divers événements. C’est sympa.

ŠKODA, marque dont vous êtes ambassadeur, est très impliqué dans le cyclisme. Comme cela s’est-il passé ?

Pour moi ça a commencé au Tour de France 2011, où j’ai été maillot Vert pendant onze jours. Ce maillot étant sponsorisé par ŠKODA, je rencontrais les gens de la marque tous les jours à la cérémonie de remise. Nous ne sommes pas devenus proches de suite, mais ça a finalement accroché, et on s’est revus sur le rallye Monte-Carlo. On devait assister à la spéciale du Turini, mais il faisait presque moins vingt degrés là-haut, et les voitures étaient arrêtées à six kilomètres de la course. On a décidé de ne pas y aller et de se faire un bon restau à Monaco… Finalement, des liens encore plus forts se sont créés. Les quelques fois où je reviens en Belgique, la marque me prête une voiture. ŠKODA me sponsorise pour l’organisation de la Philippe Gilbert Classique pour les juniors. C’est un très gros partenaire pour nous, et c’est important.

Que pensez-vous de la voiture électrique et de l’évolution de l’automobile ?

C’est impressionnant de voir comment l’autonomie des voitures électriques a augmenté. Après, n’étant pas un spécialiste, je ne sais pas si c’est vraiment écologique ni ce qui pollue le plus. Mais, en tout cas, au niveau confort, c’est vrai que c’est sympa.

Êtes-vous prêt à rouler en électrique ?

Moi j’opterais pour l’hybride (rechargeable), qui cumule les deux avantages de l’essence et de l’électricité. Rouler en ville à Monaco en électrique et prendre la route à l’essence. Je pense que c’est ça, le bon équilibre.

Vous sentez-vous en phase avec l’image de marque ? Simply Clever, ça vous parle ?

Oui bien sûr. Jusqu’ici, j’avais le KODIAQ Kodiaq à sept places : c’est phénoménal ce qu’on peut mettre là-dedans. Ils optimisent tout, le moindre endroit, et le coffre est énorme. Nous, les cyclistes, nous voyageons toujours avec le vélo, le sac, parfois le rouleau entraîneur, et ŠKODA est très bien pour ça.

Comment considérez-vous votre incroyable palmarès ?

J’ai été chercher beaucoup par rapport à mon potentiel, je pense que j’ai bien exploité mes capacités.

Parmi les classiques, il vous manque juste Milan-San Remo.

Une victoire là changerait beaucoup de choses, mais je pense que je peux être fier de ce que j’ai accompli, donc pas de regrets jusqu’à présent.

Estimez-vous avoir une mission par rapport aux jeunes ?

Vis à vis des jeunes, certains pros actuels disent qu’ils m’ont regardé, que cela faisait rêver, etc. Cela fait plaisir , et le but du sport c’est aussi d’y amener les jeunes.

Quelle est votre plus belle victoire, selon vous ?

Les Championnats du Monde, symboliques pour notre sport, avec ce fameux maillot à porter douze mois…

Quels sont les moments les plus difficiles ?

C’est un sport d’extérieur, à pratiquer par tous les temps. Même s’il pleut et il fait froid pendant deux semaines, il faut quand même s’entraîner tous les jours… On en a parfois marre. Enchaîner un mois à 40 degrés, c’est aussi difficile. Être ainsi dépendant du climat, ce n’est pas simple.

Comment avez-vous vécu votre chute dans le dernier Tour de France ?

Je n’ai pas à me plaindre, sur l’ensemble de ma carrière, il ne m’est pas arrivé grand-chose, je m’en sors bien.

Cela reste un métier très difficile.

La répétition de l’effort est difficile, et il en découle une fatigue permanente. À partir du moment où c’est un choix personnel, c’est déjà moins compliqué. Et qu’on y trouve toujours du plaisir.

Qu’est-ce que le Philippe Gilbert Classic ?

C’est la classique la plus renommée en Belgique pour la catégorie Junior. Elle a lieu à Remouchamps. Chaque année, on reçoit des demandes du monde entier, mais le nombre d’étrangers est limité malgré tout, pour laisser une place aux Belges. Notre souhait est que les Belges soient au départ dans leur pays, c’est pour cela qu’ on garde un minimum d’équipes belges, et qu’on prend les meilleurs mondiaux. Cette année, il y aura 150 participants. Pour la deuxième ou troisième fois, ça va s’étendre sur deux jours.

Vous restez très impliqué ?

Ne pouvant être présent à toutes les réunions, je suis cela de loin. Mon père et mon frère gèrent tout sur place, c’est plutôt à eux que reviennent les honneurs. Je donne mon avis sur certaines choses, au final c’est une collaboration.

Avez-vous un message à transmettre aux jeunes ?

Dans la vie, il y a de la place pour tout le monde. Il faut trouver son créneau et se battre pour y arriver, en sachant que ce n’est jamais simple. La société est faite pour que tout le monde trouve sa place. À partir du moment où on a envie de la prendre, on la trouve. Il faut se battre, se débrouiller. Mes contrats ne sont jamais tombés du ciel, j’ai été les chercher. On peut soit rester à son niveau, par facilité, ou au contraire être ambitieux et évoluer. Mais il y a de la place pour tout le monde.

À part votre métier, quelles sont vos occupations, vos passions ?

La famille, la nature. J’ai toujours aimé le sport automobile, notamment le rallye. J’aime regarder d’ autres sports quand c’est bien fait. J’ai regardé le match de tennis entre Tsitsipas et Djokovic parce que je trouvais qu’ils jouaient bien tous les deux.

Vous avez déjà pris le volant d’une voiture de course ?

C’est interdit, contractuellement ! Par contre, j’ai été quelques fois copilote, et c’est impressionnant. Lors de tests ou d’essais en WRC, avec Patrick Snyers et Freddy Loix. J’aime bien ces sensations, mais il faut avoir le temps.

Allez-vous vraiment prendre votre retraite fin 2022 ?

C’est ce qui est prévu, après, on ne sait jamais ce qui peut advenir.

Vous avez énormément de fans. Le public est important pour vous ?

C’est l’essence même du sport. L’année dernière, quand il n’y avait personne au départ des courses, c’était très triste. Je ne trouvais plus vraiment de sens à aller aux compétitions lorsqu’il n’y avait pas de public. Maintenant, ça revient tout doucement, et ça fait plaisir.

Ah, on entend un petit bébé…

Oui, c’est Valentine, elle a quatre mois…

Quel genre de papa êtes-vous ?

C’est plutôt à ma femme de le dire…

(Voix off) Gâteau, c’est un papa gâteau.

Comment vivez-vous la paternité ?

Comme tout le monde, d’ailleurs, je vais m’en occuper là...

Photos ©Facepeeters

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